Auteur/autrice : Fabrice Lollia

  • L’image de la France à Madagascar : ce que nous disent les réseaux sociaux

    L’image de la France à Madagascar : ce que nous disent les réseaux sociaux

    À Madagascar, chaque affaire impliquant directement ou indirectement la France ravive les débats sur sa place, son influence et la nature de la relation franco-malgache. Ces réactions ne se limitent désormais plus aux échanges diplomatiques ni aux prises de position officielles. Elles se prolongent et s’amplifient sur les réseaux sociaux.

    À l’ère numérique, l’image d’un État se construit autant à travers ses actions que par les commentaires, les controverses et les réinterprétations qu’elles suscitent en ligne. Les programmes de coopération, les investissements et les prises de parole officielles demeurent essentiels, mais leur existence ne garantit plus, à elle seule, leur compréhension ni leur réception.

    Les réseaux sociaux font désormais partie intégrante de l’environnement communicationnel. Ils ne constituent pas seulement des canaux de diffusion : ils sont aussi des espaces où l’action publique est interprétée, discutée et parfois détournée de son intention initiale.

    Pour étudier ces mécanismes, l’Observatoire des Dynamiques Stratégiques Afrique–Océan Indien s’est appuyé sur les résultats d’une enquête menée durant la crise de septembre 2025, qui a identifié Facebook comme le média le plus consulté et le plus influent au cours de cette période. L’Observatoire a ainsi analysé 3 097 contributions publiques associées à 23 publications Facebook de trois médias malgaches : 2424.mg, Orange Actu Madagascar et L’Express de Madagascar.

    L’objectif n’était pas de mesurer l’opinion de l’ensemble de la population malgache, mais de comprendre comment la France est représentée, discutée et réinterprétée dans différents contextes conversationnels.

    Un résultat central se dégage : la France n’est ni uniformément rejetée ni uniformément valorisée. Son image est contextuelle, multidimensionnelle et dépendante du cadrage.

    Il n’existe pas une seule image de la France

    La perception de la France varie selon qu’il s’agit d’aide humanitaire, de visas, de souveraineté, de défense, d’économie, d’études ou de francophonie.

    Au-delà d’un simple jugement favorable ou défavorable, les conversations évaluent la relation franco-malgache à travers cinq questions : que produit-elle concrètement ? Qui en bénéficie le plus ? Madagascar conserve-t-il la maîtrise de ses choix et de ses actifs ? À qui sont attribués les résultats ou les échecs ? Les droits, les opportunités et les bénéfices sont-ils perçus comme réciproques ?

    Cette grille permet de comprendre pourquoi une même action peut être appréciée pour son utilité, mais contestée lorsqu’elle est interprétée comme déséquilibrée ou insuffisamment respectueuse de la souveraineté malgache.

    L’aide humanitaire et la capacité opérationnelle française constituent ainsi l’actif réputationnel le plus net du corpus. Elles sont favorablement reçues lorsque leurs effets sont visibles, rapides et directement identifiables.

    À l’inverse, les visas et la mobilité condensent un jugement beaucoup plus large sur l’équité de la relation. Une procédure administrative peut alors devenir le symbole d’une réciprocité jugée insuffisante.

    La réputation française ne dépend donc pas uniquement de ce que la France accomplit. Elle repose aussi sur la capacité des publics à identifier les résultats, les bénéficiaires et à partager les responsabilités.

    Le contexte de diffusion fait partie du message

    Les conversations associées aux trois médias étudiés n’activent pas les mêmes répertoires. Dans le corpus de 2424.mg, l’histoire, la souveraineté, la défense, la Russie ou les îles Éparses apparaissent plus fréquemment. Sur Orange Actu Madagascar, les échanges mettent davantage en avant la responsabilité interne, la gouvernance malgache et le pragmatisme économique. Dans L’Express de Madagascar, les lectures observées sont plus institutionnelles, avec une présence accrue des infrastructures et de la souveraineté culturelle.

    Ces différences ne permettent pas d’enfermer les lecteurs dans des catégories fixes. Conformément aux études sur ce sujet, elles montrent néanmoins que la réception d’un message dépend aussi de l’environnement médiatique et de la communauté qui s’en saisit. Une communication uniforme, diffusée à l’identique sur tous les sujets et dans tous les espaces, devient dès lors insuffisante.

    Les commentaires ne constituent pas un sondage, mais des capteurs de dynamiques discursives. Les commentaires Facebook ne reflètent pas « ce que pense Madagascar » : ils ne constituent pas un échantillon représentatif de la population, car ils résultent d’une double sélection — celle des personnes qui choisissent de commenter et celle des contenus ou des réactions rendus plus visibles par la plateforme, notamment par son algorithme. Ils peuvent ainsi rendre plus apparentes des opinions polarisées, conflictuelles ou très engagées, sans en mesurer la prévalence au sein de la population générale.

    Mais ils ne sont pas dépourvus de valeur. Ils fonctionnent comme des capteurs narratifs. Ils permettent d’identifier les récits disponibles, les sujets qui cristallisent les tensions et les associations d’idées susceptibles d’être réactivées par une nouvelle actualité.

    L’enjeu n’est donc pas de répondre à chaque commentaire négatif ni de considérer toute critique comme une opération d’influence. Il consiste à détecter les cadres d’interprétation avant qu’ils ne s’imposent à la conversation.

    Passer de la communication de présence à la communication de preuve

    La relation France–Madagascar conserve un capital symbolique, institutionnel et opérationnel important. Mais celui-ci ne peut produire pleinement ses effets que s’il se traduit par des bénéfices lisibles, équilibrés et clairement attribuables. C’est pourquoi l’étude pilote propose de passer d’une communication de présence à une communication de preuve : montrer ce que la relation produit concrètement, à qui elle bénéficie et quels changements observables elle permet.

    Cette approche suppose également de rendre visibles les bénéfices mutuels, de distinguer les responsabilités françaises, malgaches et partagées, et de présenter Madagascar comme acteur de ses priorités et de ses choix, plutôt que comme simple bénéficiaire. Cette exigence de réciprocité et de respect de la souveraineté dépasse d’ailleurs le seul cadre franco-malgache. Dans son message à la nation du 31 décembre 2025, le président du Faso, Ibrahim Traoré, réaffirmait ainsi l’ouverture de son pays à des partenaires « sincères », à condition qu’ils respectent sa souveraineté, sa liberté et sa dignité.

    Plus le sujet est sensible, moins le message peut rester abstrait. La défense, les visas ou la compétition géopolitique exigent davantage de préparation, de transparence et de réciprocité visible. Ils nécessitent aussi, lorsque cela est pertinent, des prises de parole conjointes ou portées par des acteurs malgaches crédibles.

    Il ne s’agit pas d’éviter les sujets à risque, mais de les préparer en anticipant les récits qu’ils sont susceptibles d’activer.

    Un enjeu qui dépasse la France

    Le cas franco-malgache constitue enfin un laboratoire d’un phénomène beaucoup plus large. L’océan Indien est devenu un espace de compétition stratégique entre plusieurs puissances — France, Chine, Inde, États-Unis, Russie ou encore les pays du Golfe — qui cherchent toutes, à des degrés divers, à y renforcer leur influence.

    Mais cette compétition ne se joue plus seulement dans les accords, les investissements ou les coopérations militaires. À l’ère des réseaux sociaux, elle se joue aussi dans les perceptions.

    Il ne s’agit donc plus seulement de se demander ce qu’il faut dire, mais d’aller plus loin : que comprennent réellement les publics des actions entreprises ?

    C’est cette évolution qui transforme profondément la communication diplomatique. À l’ère des réseaux sociaux, l’influence ne repose plus seulement sur la capacité à convaincre. Elle commence aussi, et peut-être d’abord, par la capacité à écouter.

  • Cybersécurité et souveraineté numérique à Madagascar : construire la résilience

    Cybersécurité et souveraineté numérique à Madagascar : construire la résilience

    En quelques années, Madagascar a engagé une profonde transformation numérique. La modernisation des services publics, l’essor du mobile money, la dématérialisation des transactions et le développement des usages numériques constituent désormais des leviers importants de modernisation de l’État, d’inclusion financière et de développement économique.

    Cette mutation s’est accompagnée de plusieurs initiatives structurantes : la création du Centre de réponse aux incidents informatiques de Madagascar, la ratification de la Convention de Malabo en 2024, la préparation de la Stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030 et l’organisation du premier Symposium national de la cybersécurité en 2026. Ces évolutions traduisent une prise de conscience progressive de la dimension stratégique de la sécurité numérique.

    L’accélération des usages numériques élargit toutefois la surface d’exposition du pays. Les récentes affaires de fraude bancaire, les réseaux cybercriminels démantelés sur le territoire et les débats relatifs aux compétences nationales montrent que les vulnérabilités ne concernent plus seulement les systèmes informatiques. Elles affectent également la continuité économique, la protection des données, la confiance dans les services numériques et la capacité des institutions à coordonner leurs actions.

    Ces événements ne doivent donc pas être interprétés comme une simple succession d’incidents techniques. Ils montrent les tensions propres à toute transformation numérique rapide : développement des usages, dépendance croissante aux infrastructures, montée des menaces et la nécessité de construire simultanément les compétences, la gouvernance et la confiance.

    La cybersécurité devient ainsi une composante de la souveraineté numérique. Celle-ci ne se réduit pas à la maîtrise technologique. Elle désigne également la capacité d’un État à protéger ses infrastructures essentielles, à organiser la coopération entre les acteurs publics et privés, à développer ses ressources humaines et à maintenir la confiance indispensable au fonctionnement de l’économie numérique.

    Cette analyse propose de partir des événements récents pour examiner les réponses déjà engagées, identifier les fragilités persistantes et formuler des recommandations.

    La question centrale est la suivante :

    Dans quelle mesure les événements récents liés à la cybersécurité mettent-ils en évidence les conditions nécessaires à la construction d’une souveraineté numérique durable à Madagascar ?

    Les faits : deux événements, un même signal

    En quelques semaines, deux événements ont replacé la cybersécurité au cœur du débat public à Madagascar.

    Le premier est l’affaire de  skimming bancaire, révélée au début de l’année 2026, qui a conduit au démantèlement de plusieurs réseaux criminels impliquant des ressortissants étrangers. Cette affaire a mis en évidence la capacité des organisations transnationales à exploiter les infrastructures numériques du pays pour commettre des fraudes à grande échelle.

    Le second est intervenu lors du premier Symposium national de la cybersécurité, organisé à Antananarivo les 22 et 23 juin 2026. À cette occasion, les responsables du Centre de réponse aux incidents informatiques (CIRT) ont rappelé que Madagascar restait confronté à un déficit important de compétences nationales, ce qui conduit encore au recours à des expertises étrangères.

    À première vue, ces deux événements semblent distincts. Pourtant, ils renvoient à une même interrogation essentielle :

    Madagascar dispose-t-il des capacités nécessaires pour sécuriser durablement sa transformation numérique ?

    L’affaire de skimming rappelle que la cybercriminalité connaît une mutation profonde. Les groupes criminels ciblent désormais les infrastructures de paiement, utilisent des équipements spécialisés et opèrent à l’échelle internationale. Les attaques deviennent plus organisées, plus sophistiquées et plus difficiles à détecter, notamment grâce à l’usage de technologies numériques avancées.

    Les opérations menées par les autorités malgaches illustrent cette évolution. Elles montrent que les cybermenaces ne concernent plus uniquement la protection des systèmes d’information. Elles touchent également les activités économiques, les institutions et la confiance accordée aux services numériques.

    Dans le même temps, les échanges lors du Symposium national ont mis en lumière une autre réalité : le renforcement des infrastructures numériques doit s’accompagner du développement des compétences nationales. Comme dans de nombreux pays, Madagascar fait face à une pénurie mondiale d’experts en cybersécurité, ce qui soulève la question de la capacité à construire un écosystème national durable.

    Les questions posées

    Ces deux événements surviennent alors que Madagascar accélère sa transformation numérique. L’extension des services financiers digitaux, la modernisation de l’administration et le développement des plateformes numériques ouvrent de nouvelles perspectives économiques, mais élargissent également la surface d’exposition aux cybermenaces.

    Ils conduisent à quatre interrogations majeures :

    • Madagascar dispose-t-il des capacités nécessaires pour protéger durablement son espace numérique ?
    • Les compétences disponibles sont-elles adaptées à l’évolution des menaces ?
    • Les acteurs publics, privés et académiques coopèrent-ils suffisamment ?
    • Comment renforcer la confiance dans les services numériques sans freiner leur développement ?

    Ces questions constituent le point de départ de l’analyse proposée dans cet article.

    Madagascar construit progressivement sa souveraineté numérique

    Après avoir mis en évidence les vulnérabilités révélées par les événements récents, il convient de souligner que Madagascar ne part pas d’une page blanche. Depuis plusieurs années, le pays mène une série d’initiatives visant à structurer sa gouvernance du numérique et à renforcer sa résilience face aux cybermenaces.

    Cette dynamique s’est traduite par plusieurs avancées majeures : la création du Centre de Réponse aux Incidents Informatiques (CIRT) en juin 2026, la ratification de la Convention de Malabo, l’élaboration de la Stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030 et l’organisation du premier Symposium national de la cybersécurité.

    Ces initiatives témoignent d’une reconnaissance croissante du caractère stratégique de la cybersécurité pour le développement du pays.

    Au-delà de ces dispositifs institutionnels, l’année 2026 marque également une étape importante avec la création de la Communauté des praticiens malgaches de la sécurité de l’information (MISPC). Cette initiative traduit une évolution significative : la cybersécurité n’est plus seulement l’affaire des institutions publiques, mais devient un espace de coopération réunissant administrations, entreprises, universités et experts autour d’une culture commune du partage des connaissances et de la gestion des incidents.

    Parallèlement, les travaux engagés pour renforcer le cadre juridique de la cybersécurité traduisent une volonté d’inscrire cette politique dans un dispositif plus exigeant. Les autorités ont annoncé l’élaboration de textes prévoyant des obligations renforcées pour les acteurs concernés, notamment en matière de prévention, de gestion et de notification des incidents, dans le prolongement des engagements pris au titre de la Convention de Malabo.

    Ces évolutions témoignent d’une dynamique encourageante. Elles montrent que Madagascar s’engage progressivement à bâtir un écosystème national de cybersécurité. Pour autant, au regard du Global Cybersecurity Index 2025  ces initiatives soulèvent une question essentielle :

    Suffisent-elles à construire une véritable souveraineté numérique ?

    Pour répondre à cette interrogation, il est nécessaire de dépasser une lecture institutionnelle des événements et de proposer une grille d’analyse permettant d’appréhender la cybersécurité comme un enjeu de gouvernance, de coopération mais aussi de confiance.

    Comprendre la cybersécurité au-delà de la technique

    Les événements récents montrent que les cyberincidents ne peuvent plus être analysés uniquement sous l’angle technique. Derrière une fraude bancaire, une attaque informatique ou une pénurie de compétences se dessinent des enjeux bien plus vastes qui concernent la gouvernance publique, le développement économique, la coordination des acteurs et la confiance dans les institutions.

    Pour dépasser une lecture centrée sur les seuls aspects technologiques, l’ODS propose un modèle d’analyse stratégique de la souveraineté numérique afin d’apprécier la capacité d’un État à organiser durablement son écosystème numérique.

    Ce modèle repose sur quatre dimensions complémentaires :

    1. Les infrastructures stratégiques : que faut-il protéger ?
    2. Les compétences : qui possède les capacités d’agir?
    3. La gouvernance : comment organiser la coopération ?
    4. La confiance : comment assurer l’adhésion durable des acteurs ?

    Ces quatre dimensions sont issues d’une lecture croisée des travaux de Manuel Castells, Karl Weick, James R. Taylor et Edgar Morin, adaptés au contexte de la souveraineté numérique.

    Les infrastructures numériques : protéger un espace stratégique

    Le développement du numérique transforme profondément le fonctionnement d’un État. Les administrations, les banques, les entreprises et les citoyens dépendent désormais d’infrastructures numériques pour accéder aux services, effectuer des paiements, communiquer ou créer de la valeur.

    Dans cette perspective, les infrastructures numériques deviennent des actifs stratégiques. Une attaque contre un système de paiement, un réseau de télécommunications ou une plateforme publique ne constitue plus seulement un incident informatique. Elle peut affecter la continuité économique, la confiance des citoyens et la capacité de l’État à exercer ses missions.

    Cette première dimension, inspirée des travaux de Manuel Castells sur la société en réseaux, conduit à considérer la cybersécurité comme une condition du bon fonctionnement des infrastructures essentielles.

    Les compétences : construire les capacités nationales

    La souveraineté numérique ne dépend pas uniquement des technologies disponibles. Elle repose également sur les femmes et les hommes capables de les concevoir, de les protéger et de les faire évoluer.

    La pénurie mondiale de spécialistes, mise en évidence lors du Symposium national, rappelle que la question centrale n’est pas seulement de disposer d’experts, mais de développer un vivier national de compétences, de favoriser leur montée en qualification et, surtout, de créer les conditions de leur fidélisation. Selon une analyse de la Société financière internationale ( IFC), le secteur malgache de l’informatique et de l’externalisation devrait recruter environ 7 500 professionnels hautement qualifiés par an, alors que le pays n’en formerait qu’environ 2 000. L’écart potentiel atteint ainsi 5 500 profils par an, soit près de 73 % des besoins estimés. Ce qui montre encore une fois le contexte de pénurie de main-d’œuvre qualifiée et  renvoie directement à la capacité d’un État à maîtriser durablement son développement numérique.

    La gouvernance : organiser l’action collective

    La cybersécurité mobilise une pluralité d’acteurs: administrations, autorités de régulation, opérateurs, banques, entreprises, universités, forces de sécurité et chercheurs. L’enjeu n’est donc pas seulement de renforcer chaque organisation, mais de créer des mécanismes permanents de coordination, de partage d’information et d’apprentissage collectif.

    Inspirée des travaux de Karl Weick sur le sensemaking et enrichie par les analyses de James R. Taylor sur la communication organisationnelle, cette troisième dimension montre que la résilience dépend avant tout de la qualité des interactions entre les acteurs.

    La confiance : le véritable capital 

    La dernière dimension du modèle porte sur la confiance.

    Les citoyens utilisent les services numériques parce qu’ils estiment que leurs données sont protégées. Les entreprises investissent lorsqu’elles jugent les infrastructures fiables. Les investisseurs évaluent également la qualité de la gouvernance numérique avant de s’engager.Dans cette perspective, la confiance ne constitue pas une conséquence de la cybersécurité ; elle en devient l’une des finalités essentielles.En s’inspirant de la pensée complexe d’Edgar Morin, ce modèle d’analyse considère la souveraineté numérique comme un système où les dimensions techniques, humaines, organisationnelles, juridiques et économiques sont étroitement interdépendantes.

    Les quatre piliers de la souveraineté numérique:

    L’analyse conduit finalement à identifier quatre piliers interdépendants :

    1. protéger les infrastructures stratégiques ;
    2. développer les compétences nationales ;
    3. organiser la gouvernance collective ;
    4. Construire durablement la confiance.

    Ces quatre piliers constituent le cadre d’analyse retenu par l’ODS pour évaluer la maturité de la souveraineté numérique d’un État.

    Cinq priorités pour renforcer la souveraineté numérique de Madagascar

    Les événements récents mettent en évidence cinq priorités qui devraient structurer l’action des pouvoirs publics et des acteurs privés dans les années à venir.

    1. Anticiper plutôt que subir les cybermenaces

    La sophistication croissante des attaques montre que la cybersécurité ne peut plus reposer uniquement sur une logique de réaction. Les organisations doivent renforcer leurs capacités de veille, de détection précoce, de partage d’information et de gestion des crises afin d’anticiper les menaces avant qu’elles ne produisent leurs effets.

    Cette évolution implique également une coopération renforcée avec les partenaires régionaux et internationaux face à des réseaux criminels dont les activités dépassent largement les frontières nationales.

    La résilience d’un État dépend de sa capacité à détecter les signaux faibles avant qu’ils ne deviennent des crises.

    1. Faire des compétences un investissement stratégique

    Le principal défi n’est pas seulement de répondre à la pénurie actuelle de spécialistes, mais aussi de construire une véritable filière nationale de cybersécurité.Cela suppose de renforcer les formations universitaires, de soutenir la recherche, de favoriser les certifications professionnelles et d’offrir des perspectives de carrière afin de retenir les talents.

    À terme, les compétences doivent être considérées comme une infrastructure stratégique au même titre que les réseaux ou les centres de données.

    La souveraineté numérique commence par la maîtrise des savoirs.

    1. Construire une gouvernance intégrée

    La cybersécurité mobilise une grande diversité d’acteurs: administrations, autorités de régulation, opérateurs de télécommunications, banques, entreprises, universités, chercheurs et forces de sécurité.

    L’enjeu n’est plus d’additionner les initiatives, mais d’assurer leur cohérence au sein d’une gouvernance clairement organisée, fondée sur des mécanismes permanents de coordination, de partage d’information et de prise de décision.

    La coordination constitue désormais une capacité stratégique.

    1. Faire de la confiance un avantage compétitif

    La confiance constitue aujourd’hui une ressource économique.Les citoyens utilisent les services numériques lorsqu’ils perçoivent leur sécurité.Les entreprises investissent lorsqu’elles disposent d’un environnement numérique fiable.Les investisseurs internationaux évaluent également le niveau de maturité en matière de cybersécurité avant d’engager leurs capitaux.Renforcer la confiance revient donc à accroître simultanément l’attractivité économique du pays.

    La confiance est un facteur de compétitivité autant que de sécurité.

    1. Inscrire la cybersécurité dans une vision nationale de long terme

    Les initiatives engagées depuis plusieurs années montrent que Madagascar progresse dans la structuration de son écosystème numérique. L’enjeu est désormais d’assurer la continuité de cette politique au-delà des réponses ponctuelles aux crises. La souveraineté numérique suppose une vision durable, capable d’articuler les investissements technologiques, le développement des compétences, la gouvernance, la coopération internationale et l’innovation.

    Cette approche permettrait de faire de la cybersécurité non seulement un outil de protection, mais aussi un levier de développement économique, de résilience institutionnelle et de souveraineté.

    La souveraineté numérique est un projet de développement autant qu’une politique de sécurité.

    De l’analyse à l’action : quatre leviers pour consolider la souveraineté numérique

    L’analyse des événements récents et des initiatives engagées montre que Madagascar dispose désormais des principaux fondements d’une politique nationale de cybersécurité.

    Quatre leviers prioritaires sont identifiés :

    1. Instituer une gouvernance nationale des incidents

    La gestion des cyberincidents repose sur la rapidité de la circulation de l’information. Il apparaît nécessaire de formaliser des procédures communes entre le CIRT, les autorités de régulation, les opérateurs d’importance vitale, les établissements financiers et les administrations.

    Cette gouvernance devrait préciser les modalités de notification des incidents, les responsabilités de chaque acteur et les mécanismes de coordination en situation de crise.

    Recommandation :

    Mettre en place un protocole national de gestion des incidents cyber, fondé sur des responsabilités clairement définies et des exercices de coordination réguliers.

    1. Structurer durablement la filière nationale des compétences

    Les besoins en matière de cybersécurité dépassent désormais la simple formation d’experts techniques. Ils concernent également les décideurs publics, les dirigeants d’entreprise, les magistrats, les enquêteurs, les régulateurs et les enseignants.

    Le développement d’une filière nationale suppose donc de rapprocher les universités, les centres de recherche, les entreprises et les administrations autour d’objectifs communs.

    Recommandation :

    Construire une stratégie nationale des compétences cyber associant la formation initiale, la formation continue, la recherche, les certifications professionnelles et l’attractivité des carrières.

    1. Renforcer le cadre de confiance numérique

    La protection des données, la transparence des procédures, la qualité des réponses aux incidents et la sécurité des infrastructures constituent des éléments essentiels de la confiance. Le futur cadre juridique devra être assorti de mécanismes d’évaluation, de contrôle et d’amélioration continue afin de renforcer la crédibilité des institutions et la confiance des utilisateurs.

    Recommandation :

    Associer les évolutions réglementaires à des dispositifs de contrôle, d’évaluation et de retour d’expérience permettant d’améliorer en permanence la gouvernance numérique.

    1. Développer une culture nationale de la cybersécurité

    La souveraineté numérique ne peut reposer uniquement sur les institutions spécialisées. Elle implique la mobilisation de l’ensemble des acteurs : administrations, entreprises, collectivités, universités, médias et citoyens.Le développement d’une culture commune de la cybersécurité constitue un facteur déterminant de résilience.

    Recommandation:

    Faire de la sensibilisation, du partage d’information et de l’exercice collectif des composantes permanentes de la politique nationale de cybersécurité.

    L’ODS- AOI

    Mention de publication et de republication

    Cet article a été rédigé par le Dr Fabrice Lollia et Patricia Andriniaina Ramavonirina, avec le concours de l’Afrique des Idées Madagascar ( ADI), notamment du Dr Haingonirina Ignace Rajaosolomanantena.

    Sa republication intégrale à des fins non commerciales est autorisée, sous réserve de citer les auteurs et les organisations partenaires, de conserver le texte sans modification et d’insérer un lien vers la publication originale.

    Licence: CC BY‑NC‑ND 4.0.