Catégorie : Médias sociaux

  • TikTok et la santé mentale des adolescents : les alertes de la recherche

    TikTok et la santé mentale des adolescents : les alertes de la recherche

    Les témoignages de familles endeuillés ont démontré les conséquences parfois tragiques d’une exposition non encadrée. En novembre 2024, par exemple, sept familles françaises ont assigné TikTok en justice, accusant l’application de promouvoir des contenus favorisant les troubles alimentaires, l’automutilation et le suicide, ciblant particulièrement les jeunes utilisateurs. Parmi ces cas, deux adolescentes de 15 ans se sont suicidées, et quatre ont tenté de le faire. Ces affaires illustrent les risques d’une exposition prolongée à des contenus nocifs, d’autant que les utilisateurs fragiles reçoivent jusqu’à 12 fois plus de contenus mortifières (suicide et automutilation) et 3 fois plus de contenus « nuisibles » (troubles alimentaires, anxiété, etc.).

    En mars 2025, une commission d’enquête parlementaire – à laquelle nous avons remis un rapport scientifique dans le cadre d’une contribution citoyenne – s’est penchée sur les effets sur les effets psychologiques de la plateforme sur les mineurs. Elle a offert une reconnaissance institutionnelle des constats jusque là cantonnés aux cercles académiques.

    Au-delà de sa portée symbolique, la commission d’enquête permet de faire émerger plusieurs nouveaux éléments dans le débat public. Elle a mis en lumière le rôle central de l’algorithme dans la fabrique des vulnérabilités psychiques des mineurs.

    Elle porte également la discussion sur des propositions concrètes opérationnelles : renforcement du contrôle parental, paramétrage horaire des usages, meilleure éducation à la critique des environnements numériques, tout en faisant émerger certaines réflexions déjà connues du monde académique comme les normes identitaires, genrées et antisémites véhiculés par la plateforme.

    Mais au-delà des constats admis – trouble de l’attention, fatigue mentale, perte d’estime de soi – une question persiste : que savons-nous réellement de ce que TikTok fait aux adolescents ? Et que reste-t-il à comprendre ?

    Comment TikTok capte l’attention et façonne l’identité des jeunes

    Comme le montrent de récentes études, l’anxiété croissante chez les jeunes est nourrie par l’exposition à des contenus violents, sexualisés ou humiliants mais aussi par une dynamique de comparaison sociale continue. Cette exposition engendre un narcissisme fragile fondé sur le paraître au détriment de l’être et alimente des formes d’addictions comportementales.

    Il est désormais clairement mis en évidence qu’en enfermant les jeunes dans des boucles de contenus anxiogènes ou stéréotypés, la logique de personnalisation devient elle-même un facteur de risque. L’algorithme ne se contente pas de recommander : il structure les parcours attentionnels en fonction des interactions de chacun, enfermant les jeunes dans une spirale de répétition émotionnelle.

    Mais certains travaux de recherche invitent à approfondir l’analyse de TikTok au-delà des seuls contenus diffusés, en l’abordant comme un dispositif structurant. Des notions comme la désintermédiation éducative, le panoptique inversé ou la souveraineté cognitive permettent de penser les plates-formes comme des environnements qui modulent les repères attentionnels, identitaires et sociaux, souvent à l’insu des utilisateurs.

    Les travaux en psychologie cognitive et sociale de Serge Tisseronet Adam Alter, montrent que les technologies reposant sur le défilement infini et la récompense immédiate perturbent l’attention et modifient le rapport à l’émotion. En l’espèce, TikTok agit comme un raccourci affectif remplaçant la réflexion par l’impulsion.

    De plus, les normes implicites de visibilité, de beauté, de viralité imposent une esthétique de la reconnaissance qui façonne les représentations de soi. La recherche montre qu’elles accentuent la comparaison sociale, l’anxiété et une estime de soi conditionnée à la validation numérique, notamment chez les adolescentes surexposées à des modèles filtrés bien souvent irréalistes.

    Sur TikTok, les contenus émotionnels, pseudo-scientifiques ou anxiogènes circulent sans hiérarchie ni médiation éducative. Cette désintermédiation cognitive, bien documentée dans la recherche sur les réseaux sociaux, fragilise les capacités critiques des jeunes, où l’influenceur tend à remplacer l’enseignant.

    Cette logique est analysée dans la lignée évolutive des travaux de Jeremy Betham sur le panoptique, par le concept de panoptique assisté par ordinateur de Laetitia Schweitzer et de panoptique inversé de Borel, dont on comprend qu’en l’espèce, les jeunes se surveillent eux-mêmes pour exister dans l’espace numérique.

    Quand TikTok remplace l’école : une crise invisible du savoir

    L’attention est souvent abordée comme un simple mécanisme cognitif, mais elle est aussi – comme l’ont montré Yves Citton, Dominique Boullier ou Bernard Stiegler – une ressource stratégique captée et exploitée par les plateformes numériques. En sciences de l’information et de la communication (SIC), elle est analysée comme un rapport social structurant, façonné par des logiques de captation continue. Ce n’est donc pas seulement la concentration des jeunes qui est en jeu, mais leur rapport au temps, à la présence et à la possibilité d’une pensée critique.

    La construction de soi sur TikTok se fait à travers des codes viraux, des filtres esthétiques, des modèles performatifs. Mais quelle est la nature exacte de cette exposition ? Que signifie se montrer pour exister, se conformer pour être visible ? Peu d’analyses saisissent TikTok comme un dispositif d’injonction identitaire où l’individu devient le principal agent mais aussi le principal produit de sa propre visibilité.

    C’est là que l’on comprend que l’adolescent est profilé, influencé à son insu. Il devient, dans cette dynamique algorithmique, à la fois le spectateur, le producteur et la marchandise.

    Cette logique relève d’un état de souveillance : une forme de surveillance douce et invisible. L’environnement numérique n’impose rien frontalement, mais oriente subtilement ce qu’il faut être, montrer, ressentir. Un point qui reste à documenter finement chez les publics mineurs.

    Par ailleurs, TikTok ne hiérarchise pas les discours. Les témoignages, émotions, faits, récits, discours politique… tous coexistent dans un même flux. Cette indifférenciation des régimes de discours produit une confusion cognitive permanente persistante que les jeunes finissent par intégrer comme norme. La question de la véracité de l’information n’est plus aux premières loges. On est désormais plus dans de la fonctionnalité, dans le nombre de vues, de like.

    Or, la délégitimation progressive du savoir structuré au profit de la viralité affective pose un enjeu démocratique de premier ordre : c’est la capacité des jeunes à discerner, argumenter, contester – bref, à exercer leur citoyenneté – qui s’en trouve fragilisé.

    Enfin, une autre dimension rarement abordée concerne la territorialisation des algorithmes. TikTok ne propose pas les mêmes contenus ni les mêmes logiques de personnalisation selon les pays ou les contextes culturels. L’algorithme reflète, et parfois accentue, des inégalités d’accès à l’information ou des priorités idéologiques. Cela invite à s’interroger : qui décide de ce que les jeunes voient, ressentent ou pensent ? Et depuis où ces choix sont-ils pilotés ?

    Ce que TikTok révèle de nos vulnérabilités numériques

    TikTok concentre les logiques les plus puissantes du numérique contemporain : captation algorithmique, personnalisation affective, exposition identitaire et désintermédiation éducative. Il est désormais important de comprendre comment il agit, ce qu’il transforme et ce que ces transformations révèlent de nos propres vulnérabilités affectives.

    Loin des approches moralisantes ou strictement réglementaires, une lecture interdisciplinaire invite à repenser la question autrement : comment armer les jeunes cognitivement, socialement et symboliquement face à ces environnements ?

    Les premiers diagnostics sont posés. Les effets sont visibles. Mais les concepts pour penser TikTok à sa juste mesure restent encore à construire.

    Source : cet article a été publié sur the conversation.com

  • Social media: Disinformation expert offers 3 safety tips in a time of fake news and dodgy influencers

    Social media: Disinformation expert offers 3 safety tips in a time of fake news and dodgy influencers

    Social networks have revolutionised the way we communicate, stay informed and share moments of our daily lives. We use platforms like Facebook, Twitter, Instagram and TikTok to keep in touch with our friends and family, share our experiences, keep informed, and express our opinions.

    But beyond these personal and often superficial uses, social networks play a much more complex and sometimes troubling role in society. The question arises: what impact do social networks have on societal security risk? How can these tools influence or even destabilise society? And how can individual users mitigate the risks?

    Societal security risks refer to threats that can undermine the social fabric and stability of a community or nation. These risks often arise from issues such as political instability, economic inequality, social unrest, or large-scale migration. For instance, widespread unemployment can lead to social unrest, jeopardising societal stability. A more specific example is the spread of misinformation and disinformation. Misinformation is the unintentional spread of falsehoods, while disinformation is the calculated dissemination of lies intended to deceive.

    False information circulating through social media and other channels can polarise societies, erode trust in institutions, and incite violence or discrimination.

    I study interactions within organisations, with a focus on the impact of new technologies and human dynamics. In a recent article I attempted to answer these questions about the risks that social networks introduce. To do so, I analysed various aspects of the interactions between social networks and public security. In short, I found that the societal security risk posed by social networks is complex, multifaceted and dynamic. It requires ongoing research, careful regulation and, above all, that all users learn to understand and navigate digital environments critically.

    Here, I offer three tips to help individual users minimise the risks of social networks while not losing the benefits:

    • build your digital literacy
    • avoid algorithmic traps
    • be quick to report and block suspicious information or problematic content.

    A range of risks

    Videos and testimonials shared on social media platforms can help spread the word about events far beyond a single geographical area. Take, for example, the police killing of George Floyd, an African-American man, in 2020. Although the events took place far away, they had a considerable impact in France, where I was living until a few months ago, generating demonstrations of support.

    Floyd’s death also reignited the debate on police violence and racism in France. These events were taken up by associations defending Black people’s rights in France, rapidly creating a phenomenon of transnational solidarity.

    The flip side is that sometimes, videos and testimonies can also contribute to the circulation of unverified or even false information, amplifying confusion and anger. Research has shown that fake news spreads six times faster than real information on platforms such as X, formerly called Twitter.

    Social networks have also become formidable tools of influence. For example, they allow political leaders and parties to interact directly with their voters, bypass traditional media and control their message by targeting an often young audience.

    However, this power to influence can be used maliciously to manipulate information. There is no shortage of examples of disinformation campaigns on platforms such as Twitter or Facebook, whether unfounded rumours, fake accounts or political trolls.

    This phenomenon is part of a wider trend of increasing disinformation in Africa: the Africa Center for Strategic Studies reported in March 2024 that

    disinformation campaigns seeking to manipulate African information systems have surged nearly fourfold since 2022.

    Given that young people are heavy users of these platforms, they become prime targets for misinformation and manipulation.

    This is especially worrying since states have increasingly begun to use social networks as a battleground for “information wars”. These battles are fought with true or false information rather than with traditional weapons. They aim to influence public opinion, destabilise political opponents and promote national interests. Electoral interference via social networks has become commonplace, with accusations of orchestrated disinformationcampaigns to influence election results.


    Read more: AI propaganda campaign in Rwanda has been pushing pro-Kagame messages – a dangerous new trend in Africa


    The potentially dangerous influence of social networks does not stop at politics or misinformation. Online platforms have become fertile ground for spreading extremist rhetoric. This is because they are so easy to access and offer the opportunity to contact individuals directly.

    Research shows that extremist organisations have used these platforms to spread their ideologies, often targeting vulnerable young people and exploiting their sense of exclusion or seeking identity. (Social networks are not the only factor in radicalisation – it is a complex process. However, its role should not be ignored.)

    Of course, governments and technology companies can make a major contribution to solving these problems. They can work together to develop effective strategies to detect and counter misinformation and disinformation, ensuring that social media platforms remain reliable sources of information and do not become tools for manipulation and deception.

    But there is also plenty that individual users can do to make online spaces safer for themselves.

    Three tips

    1. Develop your digital literacy: My research has shown that learning how to manage information is a necessary prerequisite for combating disinformation. Users can learn how to critically evaluate and verify information, and how to identify reliable sources. There are initiatives to support this learning, such as WhatsApp’s collaboration with the NASSCOM Foundation in India, which aims to train users to spot fake news.

    Fact-checking tools and platforms like Libération’s CheckNewsor Africa Check can be used to verify the accuracy of information circulating online.

    2. Avoid algorithmic traps: Be aware of algorithmic biases. I and others have shown that algorithms are never neutral. This is because of inherent biases in their construction and the opaque nature of these systems. These biases can trap users in filter bubbles and promote misinformation to fuel disinformation. It is essential to diversify your sources of information and follow accounts that offer varied perspectives.

     

  • Ce que révèle l’enquête sur le rôle des réseaux sociaux dans la crise de Madagascar 2025

    Ce que révèle l’enquête sur le rôle des réseaux sociaux dans la crise de Madagascar 2025

    En septembre 2025, alors que la crise socio-politique s’intensifie à Madagascar, une réalité s’impose discrètement mais puissamment : l’essentiel du débat public ne se joue plus sur les ondes ni dans les colonnes des journaux, mais dans les flux rapides et émotionnels de Facebook et WhatsApp. En quelques minutes, une rumeur peut mobiliser, inquiéter, rassurer ou diviser. En quelques heures, elle peut redessiner la perception collective d’un événement.

    Les résultats de notre récente enquête menée auprès de 253 répondants, complétés par 42 contributions qualitatives, révèlent que la crise est autant une crise politique qu’une crise de médiation où les réseaux sociaux deviennent les principaux architectes du réel. Derrière la simple perception de réseaux sociaux dédiés à la transmission d’informations, ils façonnent les émotions, orientent les interprétations et reconfigurent la confiance.

    Ce basculement, largement anticipé par les sciences de l’information et de la communication (SIC), s’observe ici avec une netteté particulière. Les médiations traditionnelles (radio, télévision, presse) cèdent du terrain à des dispositifs socio-techniques qui redéfinissent la manière dont les citoyens perçoivent, réagissent… et croient.

    Derrière la crise malgache, c’est donc une transformation plus profonde qui apparaît. C’est celle d’un espace public recomposé où l’attention, l’émotion et la vitesse deviennent les nouveaux moteurs de l’opinion malgache.

    La fin des médiations traditionnelles : vers un nouvel environnement cognitif

    Le déplacement observé dans l’enquête – de la radio et de la presse vers Facebook et WhatsApp – illustre ce que Louise Merzeau appelait une médiation environnementale. C’est-à-dire que l’information ne circule plus dans des canaux distincts mais s’inscrit dans un environnement continu, ubiquitaire, où chacun est simultanément récepteur et relais.

    Dominique Cardon rappelait que les plateformes numériques transforment la visibilité publique selon des logiques de hiérarchisation algorithmique qui ne reposent plus sur l’autorité éditoriale mais sur la dynamique attentionnelle.

    L’enquête confirme ce point : les Malgaches ne s’informent pas sur les réseaux, ils s’informent dans les réseaux, c’est-à-dire dans un écosystème où la temporalité, la viralité et l’émotion structurent la réception de l’information.

    Conformément à un phénomène analysé dans les travaux de Manuel Castells, nous passons d’un modèle de communication de masse vertical à un modèle de « mass self communication », intensément horizontal, instantané et émotionnel.

    Les plateformes comme infrastructures du réel : une crise des médiations

    Yves Jeanneret indiquait que la communication n’est pas un simple transfert d’informations mais un processus qui transforme les êtres et les formes. Les résultats de l’enquête malgache confirment cette thèse.

    L’enquête montre que 48 % des répondants déclarent avoir modifié leur opinion après avoir consulté des contenus numériques. Ce chiffre illustre ce que Jeanneret appelle « la performativité des dispositifs » : les messages ne se contentent pas de signifier ; ils organisent des parcours d’interprétations, orientent des sensibilités et éprouvent des affects.

    La crise malgache est ainsi moins une crise de l’information qu’une crise des médiations, où l’autorité symbolique se déplace vers des acteurs hybrides (groupes WhatsApp, influenceurs locaux, communautés émotionnelles, micro-réseaux sociaux affinitaires).

    L’espace public affectif : l’émotion comme norme d’intelligibilité

    Les données de l’enquête – les répondants disent éprouver colère, peur, tristesse mais aussi espoir – confirment le constat formulé par Yves Citton selon lequel nous vivons dans un régime d’attention émotionnelle où les affects structurent la réception bien plus que les faits.

    La viralité observée relève de ce que Morin nommait la logique dialogique. C’est-à-dire que le numérique agrège simultanément les forces de rationalisation (recherches d’informations, vérification) et les forces d’irrationalité (panique, rumeurs, indignation…). Ce qui circule, ce ne sont pas seulement des informations, ce sont des structures affectives, des dispositifs d’émotion qui modulent les perceptions collectives. Danah Boyd évoquait à ce propos le « context collapse », à savoir l’effondrement des cadres sociaux distincts qui expose les individus à des flux ininterrompus d’émotions hétérogènes sans médiation contextuelle.

    Dans ce paysage, l’émotion devient un raccourci cognitif, un critère de vérité, voire un mode d’appartenance.

    Une crise de confiance plus qu’une crise d’information

    Dominique Wolton insistait sur le fait que la communication politique repose d’abord sur un contrat de confiance et non sur la quantité d’information disponible. L’enquête malgache montre que ce contrat est rompu : il en ressort que les réseaux sociaux sont jugés peu fiables (2,4/5) mais sont massivement utilisés ; que les médias traditionnels sont perçus comme prudents ou silencieux ; que la parole institutionnelle est jugée trop lente ; et que les algorithmes sont accusés de censure.

    En résulte une fragmentation du récit national, chaque groupe social reconstruisant son propre réel, comme l’ont montré Alloing et Pierre dans leurs travaux sur les émotions et la réputation numérique. La crise révèle ainsi une dissociation entre l’autorité de l’information (affaiblie) et l’autorité des narratifs (renforcée).

    De la désinformation à la fragilité cognitive : une lecture écosystémique

    Réduire la situation à un phénomène de « fake news » serait, pour reprendre Morin, une « erreur de réduction ». La désinformation n’est ici que la surface visible d’un phénomène bien plus profond, qui est celui de la vulnérabilité cognitive structurelle. Elle repose sur : la saturation attentionnelle, la rapidité des cycles émotionnels, la fragmentation des médiations, le déficit de littératie médiatique et l’architecture algorithmique des plates-formes.

    L’ensemble de ces éléments forment un écosystème au sens de Miège, dans lequel l’information et la communication ne peuvent être séparées des logiques techniques, économiques et sociales qui les produisent. C’est dans ce cadre que la souveraineté cognitive devient une question stratégique comparable à ce que Proulx appelait la nécessité de « réapprendre à habiter en réseaux ».

    La nécessité d’une transition cognitive révélée par la crise

    L’enquête révèle l’urgence, à Madagascar, d’opérer une transition cognitive. Cela implique une veille capable de détecter rapidement les signaux faibles, une communication publique adaptée au rythme émotionnel des plateformes, une éducation critique aux biais de réception et une coopération structurée entre État, régulateurs, société civile et plateformes pour encadrer la circulation des contenus.

    Ces pistes s’inscrivent dans la perspective d’un « État élargi », c’est-à-dire un État qui reconnaît que la stabilité collective dépend désormais de nouveaux acteurs : infrastructures numériques, entreprises technologiques, médias sociaux, communautés connectées. Dans ce modèle, la confiance devient une infrastructure qui est le socle indispensable au fonctionnement de la vie publique, à l’image de l’électricité ou des réseaux de communication.

    La crise malgache de 2025 n’est pas un accident. C’est un révélateur des transformations profondes de nos sociétés numériques. Elle montre un espace public recomposé où s’entremêlent architectures techniques globales, émotions collectives locales et médiations affaiblies. Elle a aussi entraîné une prise de conscience au sein des médias malgaches, qui développent désormais une approche plus réflexive sur ces enjeux. Comme l’écrivait Merzeau, « la mémoire est un milieu » ; en 2025, à Madagascar, le réel l’est devenu aussi.

    Le défi dépasse largement la lutte contre la désinformation. Il s’agit désormais de reconstruire des médiations fiables, capables d’articuler faits, émotions et légitimité dans une écologie informationnelle où le vrai ne circule plus seul, mais au milieu de récits concurrents, d’affects partagés et d’algorithmes invisibles.

    Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

  • Deepfakes et élections en Afrique : la prochaine grande menace démocratique ?

    Deepfakes et élections en Afrique : la prochaine grande menace démocratique ?

    Les élections africaines, déjà marquées par des tensions récurrentes autour de la transparence et de la désinformation, pourraient bientôt entrer dans une nouvelle ère, celle des deepfakes. Ces vidéos et audios générés par intelligence artificielle, capables d’imiter la voix, le visage et les gestes d’une personne avec un réalisme troublant, déplacent la frontière de la manipulation politique.

    S’ils prêtent parfois à sourire lorsqu’ils mettent en scène des célébrités dans des détournements humoristiques, leur usage en période électorale représente une menace sérieuse pour la stabilité démocratique. Aux États-Unis, en Inde ou encore en Slovaquie, les deepfakes ont déjà été mobilisés pour influencer l’opinion publique. La question centrale est donc très simple : l’Afrique est-elle prête à affronter ce nouvel outil de manipulation électorale ?

    Chercheur en sciences de l’information et de la communication, j’étudie la circulation de l’information, la désinformation et les vulnérabilités communicationnelles en contexte de crise. L’émergence des deepfakes illustre ces tensions. En Afrique, où la jeunesse hyperconnectée domine l’électorat mais où la culture numérique reste inégale, le risque est particulièrement élevé. J’en propose ici une lecture info-communicationnelle appliquée aux élections africaines

    Des précédents inquiétants à l’échelle mondiale

    Les deepfakes ne sont plus une hypothèse futuriste. Ils ont déjà marqué des épisodes électoraux clés, offrant des leçons pour les pays africains.
    En 2023, en Slovaquie, quelques jours avant les législatives, un deepfake audio circulant sur Facebook et Telegram attribuait à Michal Simecka, chef du parti pro-occidental progressiste slovaque, une conversation où il planifiait de ruser le scrutin. Ce contenu a semé le doute au profit du camp populiste de Robert Fico. Il s’agit du premier cas documenté en Europe où un deepfake aurait pesé sur un scrutin national.

    En 2024 aux États unis lors de la primaire démocrate du New Hampshire, des électeurs reçurent un appel téléphonique deepfake imitant la voix de Joe Biden et incident à l’abstention. Ce qui illustre l’usage des deepfakes pour dissuader la participation électorale, ce qui constitue une attaque frontale contre la démocratie.

    En 2024 en Inde, les élections générales de 2024 ont été marquées par une explosion de deepfakes. Ces vidéos et sons générés par intelligence artificielle (IA) ont été diffusés massivement par les réseaux sociaux. Des acteurs de Bollywood ou même des personnalités politiques décédées ont été mis en scène pour soutenir ou attaquer les candidats.

    Ces cas montrent que les deepfakes ne visent pas seulement à convaincre, mais surtout à introduire le doute, brouiller les repères et miner la confiance.

    Un terrain fertile en Afrique

    Le continent africain compte aujourd’hui plus de 670 millions d’internautes, majoritairement jeunes. Whatsapp, Facebook et TikTok sont devenus les principales sources d’information politique. Dans ce contexte, plusieurs facteurs accentuent la vulnérabilité face aux deepfakes :

    • Une faible culture de vérification : beaucoup d’utilisateurs partagent sans contrôler l’origine des contenus;

    • Une viralité extrême : les messages et vidéos circulent rapidement dans les groupes fermés et sont difficiles à surveiller;

    • Les institutions électorales sont contestées : la confiance citoyenne est fragile, ce qui confère une crédibilité accrue aux fausses informations.

    Des signaux faibles apparaissent déjà :

    Au Nigéria, en 2023, des inquiétudes ont émergé concernant la circulation de vidéos manipulées lors de la présidentielle.

    Au Kenya, en 2022, TikTok et Facebook ont hébergé de nombreux contenus politiques manipulés, certains proches de techniques de falsification, dans le cadre de campagnes de désinformation.

    L’Afrique se trouve donc dans une phase de vulnérabilité latente, réunissant tous les ingrédients pour que les deepfakes deviennent rapidement une arme politique.
    À la différence des « fake news » classiques, les deepfakes tirent leur force de la synergie image/son créant une illusion sensorielle difficile à contester. Leur efficacité ne repose pas seulement sur la capacité à tromper, mais sur leur pouvoir de déstabilisation symbolique.

    Ils peuvent ainsi créer un scandale contre un candidat, amplifier des clivages ethniques ou religieux et semer la confusion.

    Cette érosion du contrat de vérité constitue une crise communicationnelle majeure qui fragilise les démocraties africaines déjà confrontées à des équilibres institutionnels précaires.

    Une lecture info-communicationnelle

    Les SIC permettent d’analyser ce phénomène sous un angle élargi. Trois axes sont particulièrement pertinents :

    • Tout d’abord, en termes de médiologie et de circulation des rumeurs, les deepfakes s’inscrivent dans une longue histoire des technologies de communication comme instruments de pouvoir. L’incertitude, le manque de transparence et l’opacité de certaines sphères d’information favorisent la prolifération de rumeurs, en particulier dans les contextes électoraux ou politiques.Les deepfakes ajoutent une couche technologique qui donne un vernis de crédibilité à la rumeur.
    • Ensuite, dans le cadre des logiques sociotechniques des plateformes, les algorithmes comme celui de TikTok privilégient les contenus sensationnels et polarisants. Dans ce système le deepfake devient une arme algorithmique amplifiée par l’économie de l’attention.
    • Enfin, on constate que dans un contexte africain marqué par des fractures linguistiques, éducatives et technologiques, la réception des deepfakes varie fortement. La culture numérique inégale favorise des appropriations différenciées, accentuant les asymétries de compréhension.

    De nombreuses pistent émergent, mais leur mise en œuvre reste complexe :
    Google, Meta ou Microsoft développent des outils capables d’identifier les contenus synthétiques. Mais ces technologies de détection restent coûteuses et rarement accessibles aux médias africains.

    Des initiatives comme Africa Check jouent un rôle crucial en terme de médias et fact-checking, mais elles sont sous-dimensionnées face à la masse d’informations manipulées.

    D’un point de vue juridique, certains pays africains légifèrent contre les fake news comme le Ghana ou l’Ouganda, mais il est à craindre que ces lois, dont l’encadrement est discutable, risquent de servir la censure politique plutôt que la protection citoyenne. Une approche panafricaine via l’Union Africaine ou les communautés régionales offrirait plus de crédibilité.

    Former les jeunes et les moins jeunes à repérer, vérifier et questionner les contenus constitue un investissement démocratique stratégique. Les programmes scolaires universitaires, l’éducation aux médias, qui sont les leviers à long terme doivent intégrer la littérature numérique et médiatique comme compétences civiques.

    Vers une souveraineté numérique africaine ?

    La menace des deepfakes invite aussi à réfléchir à une souveraineté numérique africaine. L’Afrique ne peut pas dépendre uniquement des géants technologiques occidentaux pour sécuriser son espace informationnel. Le développement de laboratoires panafricains de recherche et de détection associés à des initiatives de société civile pourrait constituer une réponse endogène.

    En outre, la coopération Sud-Sud ( par exemple entre l’Inde et certains pays africains) pourrait favoriser l’échange de solutions techniques et pédagogiques. Car il ne s’agit pas seulement de contrer la manipulation, mais aussi de bâtir une culture numérique partagée, capable de redonner confiance aux citoyens.

    Les cas en Slovaquie, en Inde, aux États-Unis montrent que les deepfakes sont déjà une arme électorale redoutable. En Afrique, leur introduction dans le jeu politique n’est plus qu’une question de temps.

    Mais la menace ne se réduit pas à une technologie. Elle révèle une vulnérabilité communicationnelle plus profonde qui se caractérise par une crise de confiance minant la légitimité démocratique. L’enjeu n’est donc pas uniquement de détecter les deepfakes, mais bien de reconstruire un rapport de vérité entre gouvernés et gouvernants.

    Former les citoyens, renforcer les médias, développer une recherche locale et promouvoir une régulation panafricaine sont autant de pistes pour affronter ce défi. Car au-delà de la technique, c’est la capacité de l’Afrique à protéger l’intégrité de ses choix démocratiques qui est en jeu.

    Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

  • Madagascar : le rôle clé des réseaux sociaux dans la chute du pouvoir

    Madagascar : le rôle clé des réseaux sociaux dans la chute du pouvoir

    Le 25 septembre 2025, Antanarivo a basculé dans une crise socio-politique de grande ampleur. Ce qui avait commencé comme une contestation locale contre les délestages électriques récurrents s’est transformé en mouvement de protestation national porté, entre autres, par une jeunesse massivement connectée et amplifié par les réseaux sociaux.

    En quelques jours, les manifestations se sont étendues. Le bilan de la répression, contesté par le gouvernement malgache, s’élèverait à 22 morts et 100 blessés selon le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU. Le gouvernement a été dissous, une unité de l’armée (le Corps d’armée des personnels et des services administratifs et techniques, CAPSAT) a rejoint les manifestants pour s’approprier la symbolique place du 13 Mai, symbole de victoire contre le pouvoir en place.

    Le président de la République Andry Rajoelina a quitté le pays le 12 octobre, exfiltré par un avion militaire français. Alors qu’il refuse de démissionner et dénonce ce qu’il qualifie de tentative de prise du pouvoir par la force, affirmant par ailleurs avoir été victime d’une tentative d’assassinat, l’Assemblée nationale vient ce 14 octobre de voter sa destitution et une unité de l’armée ralliée aux protestataires a affirmé avoir pris le pouvoir.

    Si les suites immédiates des événements actuelles ne sont pas évidentes à prévoir, il est déjà possible d’analyser les mécanismes qui ont permis une mobilisation si rapide et si efficace des contestataires. Il apparaît que l’information – sa circulation, ses cadrages, ses temporalités – est devenue un champ de bataille politique central. À Madagascar comme ailleurs, le pouvoir se joue également dans l’espace public numérique.

    Une lecture de cette séquence malgache avec les outils des sciences de l’information et de la communication (SIC) permet de comprendre comment les réseaux sociaux peuvent catalyser une mobilisation, fragiliser des régimes politiques et redéfinir les rapports entre citoyens, médias et institutions.

    Un basculement politique façonné par l’information

    Dès les premiers jours, des vidéos montrant les pillages et les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont massivement circulé sur les réseaux sociaux.

    Ces images, souvent filmées par des citoyens ordinaires, ont eu un double effet.

    D’un côté, en mettant crûment en évidence la perte de contrôle de la part des autorités et leur recours à la violence, elles ont nourri l’indignation collective. De l’autre, elles ont contribué à structurer une narration politique de la crise : celle d’un peuple en résistance face à un pouvoir lui apparaissant comme défaillant.

    Cette dynamique repose sur le principe de la puissance de cadrage des images virales. Autrement dit, ce qui compte, ce n’est pas seulement ce qui est montré, mais la manière dont ces contenus circulent, sont commentés et s’agrègent dans des temporalités extrêmement courtes.

    Dans un contexte où les médias traditionnels malgaches adoptent, dans le traitement de l’information, une posture prudente – souvent marquée par l’autocensure ou une proximité avec les récits officiels –, les plates-formes numériques s’imposent comme l’arène centrale de production et de légitimation des discours politiques. Cette configuration évoque ce que Bernard Miège (2007) décrit comme « une société conquise par la communication », où les flux informationnels structurent les rapports sociaux plus rapidement que les institutions ne peuvent réagir.

    La génération Z, un nouvel acteur politique

    La mobilisation malgache a été portée par la génération Z : de jeunes urbains connectés, familiers des codes numériques, souvent critiques à l’égard des élites politiques. Ils ne se sont pas contentés de consommer de l’information. Ils l’ont produite, relayée et scénarisée collectivement.

    Des hashtags coordonnés (#RajoelinaDémission, ###May13) ont rythmé la contestation ; des cartes collaboratives signalant des barrages routiers ont été diffusées en temps réel ; des lives Facebook ont transformé chaque moment, chaque événement, en tribune politique.

    Ce fonctionnement horizontal, sans leader unique, a dérouté les institutions. C’est l’illustration même de la mutation de l’espace public. En même temps que des organisations structurées (partis, syndicats), des réseaux d’individus connectés produisent et amplifient l’action collective, s’inscrivant dans un espace public numérique agonistique, c’est-à-dire un espace où la confrontation d’opinions, d’émotions et de récits se substitue aux formes traditionnelles de délibération publique. Dans ce contexte, le pouvoir ne repose plus uniquement sur le contenu des messages, mais sur la capacité à connecter et à mobiliser des publics actifs capables d’imposer leur propre rythme au débat politique.

    Ingérences et vulnérabilité informationnelles

    La crise malgache n’est pas seulement endogène. Des signaux montrent une synchronisation inter-plateformes et la diffusion rapide de hashtags à partir de comptes étrangers potentiellement liés à des réseaux activistes régionaux ou à des acteurs hybrides, dans des dynamiques de cyberactivisme et géopolitique numérique.

    Mais dans un pays où l’État ne dispose d’aucune stratégie structurée de veille et de riposte informationnelle comparable à Viginum en France, force est de constater que le terrain est ouvert aux campagnes d’amplification externes, qui exploitent les émotions collectives pour accentuer la polarisation interne.

    Cette situation révèle une vulnérabilité communicationnelle structurelle, c’est-à-dire l’incapacité de nombreuses démocraties fragiles à anticiper les dynamiques informationnelles transnationales. Elle pose ainsi la question de la souveraineté informationnelle – un enjeu désormais crucial, au même titre que la sécurité militaire ou énergétique.

    L’armée entre dans l’arène numérique

    Lorsque les soldats du CAPSAT décident de soutenir les manifestants, la première bataille ne se joue pas dans la rue mais sur les réseaux sociaux. Des vidéos montrent les militaires marchant aux côtés de la foule. Ces images sont diffusées en direct, partagées en boucle et commentées massivement.

    Avant même d’entreprendre une action militaire concrète, l’armée agit symboliquement dans l’espace numérique. Cette mise en scène publique a des effets politiques immédiats car elle fragilise l’autorité du président, donne confiance aux manifestants et fait basculer l’équilibre des forces dans l’imaginaire collectif.

    En SIC, on parle de performativité communicationnelle. Cela signifie que communiquer devient un acte en soi, capable de produire des effets réels. Les images et les messages des militaires ne sont pas de simples témoignages. Ils transforment directement la situation politique. Dans cette perspective, l’armée ne se contente plus d’être une force armée traditionnelle ; elle devient aussi un acteur médiatique capable d’influencer l’opinion et les rapports de pouvoir à travers le numérique et le symbolique.

    C’est cette hybridation entre action militaire et communication en ligne qui caractérise de nombreuses crises politiques contemporaines. Lors du coup d’État au Myanmar en 2021, les militaires ont diffusé en direct leurs prises de contrôle pour imposer une narration de légitimité ; pendant la révolution égyptienne de 2011, l’armée a utilisé Facebook et la télévision pour s’allier symboliquement au peuple ; au Soudan en 2019, des factions militaires ont relayé en ligne leurs positions politiques avant de mener toute action physique, contribuant à la recomposition des rapports de force internes.

    Une grille de lecture info-communicationnelle

    Pour analyser cette séquence, on peut mobiliser une grille de lecture simple, articulée autour de quatre dimensions :

    • Les acteurs : jeunes, diasporas, autorités, plates-formes numériques ;
    • Les médias : Facebook, TikTok, vidéos citoyennes, hashtags, livestreams ;
    • La temporalité : l’accélération, la simultanéité des actions en ligne et hors ligne ;
    • Les effets politiques : la délégitimation du pouvoir, la fragmentation de l’autorité et la recomposition des alliances.

    Cette grille permet de dépasser une lecture purement événementielle pour comprendre les logiques structurelles à l’œuvre. Le cas malgache peut être rapproché d’autres épisodes récents comme le mouvement des jeunes au Sénégal en 2024 ou les récentes mobilisations de la génération Z au Maroc. Tous ont en commun ces caractéristiques : une mobilisation numérique horizontale, une déstabilisation rapide des élites et une hybridation des espaces d’action.

    Un laboratoire pour penser les nouveaux espaces publics

    La crise malgache agit comme un révélateur en ce sens qu’elle montre comment les réseaux sociaux ne sont pas de simples canaux de communication mais des infrastructures politiques capables d’organiser la contestation, de recomposer des alliances et d’affaiblir voire de défaire des pouvoirs établis. Elle illustre ainsi la nécessité pour les États de développer une gouvernance de l’information articulant communication publique, éducation numérique, dispositifs de veille et médiation démocratique. Sans cela, les sociétés s’installent dans une vulnérabilité aux dynamiques virales incontrôlées et aux manipulations externes.

    La crise malgache ne peut donc se comprendre uniquement à travers les prismes politique ou économique. Elle est aussi et surtout informationnelle, dans le sens qu’elle est produite, amplifiée et structurée par des dynamiques communicationnelles. Elle illustre la façon dont, dans des contextes de fragilité institutionnelle, les réseaux sociaux deviennent des instruments puissants capables de remodeler les rapports de pouvoir entre État, société et acteurs hybrides.

    Face à ces transformations, les États comme les sociétés civiles doivent apprendre à naviguer dans un espace public devenu profondément numérique, fluide et conflictuel, un enjeu majeur de la gouvernance démocratique du XXIe siècle.

     

    Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.